Tendances digitales

Les formations MOOC décollent

Les MOOCs (pour « Massive Open Online Courses » ou « cours en ligne ouvert et massif » en bon français) se portent bien. Selon le cabinet Deloitte, qui prédit un doublement des inscriptions cette année, il fait même partie des tendances de 2014. L’occasion de revenir sur les intérêts et enjeux de cette petite révolution qui bouscule le monde de la formation.

Qu’est-ce que c’est ?

Pour faire simple, le MOOC désigne un système de cours en ligne auquel tout à chacun peut s’inscrire, généralement gratuitement. On peut trouver des MOOCs pour se former sur un grand nombre de domaines, du marketing à la médecine en passant par les sciences politiques… Dans la plupart des cas, les cours prennent la forme de vidéos et proposent aux participants d’échanger sur la thématique du MOOC via des forums de discussions dédiés, et se concluent par un questionnaire de vérification des acquis. Ces formations sont principalement étalées sur plusieurs semaines, avec des cours distillés tout au long du cursus. Généralement, il est possible d’obtenir une certification de formation (parfois payante, mais le plus souvent abordable).

À première vue, rien de bien nouveau par rapport aux formations en e-learning qui existent depuis des années sur le web. Mais justement si ! La force des MOOCs réside dans l’interactivité offerte aux inscrits à une session, qui peuvent partager leurs questions et leurs connaissances entre élèves et avec les auteurs du cours, via des forums de discussions ou des chats vidéos en direct. Le contenu de la formation n’est ainsi pas figé, mais évolue en fonction de l’intérêt des élèves pour le cours.

L’origine

Plusieurs plateformes proposent ce type de cours en ligne. Les pionnières, les américaines Udacity et Coursera, sont toutes deux lancées à titre privé par des professeurs de l’université de Stanford début 2012. Udacity commence par proposer des cours dispensés par des enseignants d’universités, des entrepreneurs, ou des salariés d’entreprises comme Google, sur des thèmes relativement centrés sur l’informatique. Coursera choisit rapidement de nouer des partenariats avec des universités américaines mais aussi étrangères, et mettra l’accent sur des cours couvrant de nombreuses disciplines. edX est rapidement lancée à son tour par les universités du MIT et d’Harvard, cette fois-ci sous forme d’association à but non-lucratif, avec un code open source, et donc re-exploitable par d’autres éventuelles solutions MOOCs.

Il a fallu attendre un petit peu avant de trouver des MOOCs dans la langue de Molière. En France, quelques établissements tel qu’HEC ou encore Polytechnique ont commencé à proposer des cours sur Coursera. Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a lancé fin 2013 sa propre plateforme : FUN (pour France Université Numérique), avec des cours à l’initiative de grandes écoles comme SciencesPo, le CNAM, ou encore l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. FUN repose justement sur Open edX, le code open source de la plateforme de MOOCs américaine edX.

D’autres services s’y mettent comme OpenClassrooms (anciennement Le Site du Zéro) avec une mise à jour d’anciens cours sous forme de textes vers des MOOC. Orange à récemment lancé Solerni, sa propre plateforme à destination des entreprises souhaitant concevoir leurs MOOCs, et profiter de cet outil comme nouveau canal de communication. Même des entreprises spécialisées dans la formation comme First Finance ont lancé leur propre plateforme de MOOCs.

Quel impact sur les formations « classiques » ?

A l’heure actuelle on note que la majorité des MOOCs sont à l’initiative d’établissements d’enseignement supérieur (traditionnellement spécialisés dans la formation initiale), plus que par des entreprises ou centres de formations privés. Le public de ces formations en ligne est principalement constitué d’actifs (cadres, employés, personnes en recherche d’emploi…). Il s’agit en définitive du public cible de la formation continue qui jusqu’à présent avait recours à des centres spécialisés relativement coûteux. C’était sans compter sur l’arrivée des MOOCs qui, avec un modèle ouvert et le soutien de professeurs de renom ou d’employés qualifiés d’entreprise comme Google, assurent pour un investissement minimal, une crédibilité maximale à l’offre de formation.

Quel modèle économique ?

Il n’est pour le moment pas encore réellement défini. Les bonnes audiences réalisées par les différentes plateformes de MOOC ne peuvent amortir leurs investissement uniquement grâce à la vente de certificats d’enseignement. Un modèle pourrait toutefois se mettre en place : s’inspirer des réseaux sociaux professionnels (LinkedIn, Viadeo…) et de sites d’offres d’emplois qui rendent accessibles aux entreprises les données des différents profils d’inscrits. Une aubaine pour les recruteurs, qui pourraient directement sélectionner des profils avec des compétences précises, certifiées, et à jour.

Actuellement majoritairement proposés par des écoles supérieures, les MOOCs sont en passe de devenir l’apanage des entreprises, qui pourraient profiter de ce canal pour améliorer leur visibilité, et communiquer sur leurs valeurs et leur culture d’entreprise.
Face à un système ouvert, non discriminant et quasi-gratuit, se pose la question de la pérennité du système de formation actuel. Le jour où Google proposera son MOOC sur le thème du référencement ou Facebook sur le Community Management, quelle sera la valeur ajoutée des établissements privés ? Quel accueil réserveront les directions des ressources humaines à de futurs candidats formés par ces nouvelles méthodes ? Quoi qu’il en soit, l’avenir du MOOC est en marche.

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